La sociabilisation des chatons sauvages

Merci à Marjorie pour ses précieux conseils

Sociabiliser un chaton sauvage est loin d’être une mince affaire. En effet, une chatte éduque ses petits en fonction de son mode de vie. L’éducation donnée par une mère sauvage à ses chatons est loin de l’image glamour du mignon petit chaton. Ils commencent leur sevrage vers la 4e semaine. Ils apprennent rapidement à saisir et à tuer une proie. A huit semaines, le chaton sauvage sait tuer. A trois mois, il est capable de capturer ses premières proies. A 4 mois, c’est déjà un chasseur expérimenté. La chatte sauvage a appris à ses petits à craindre les prédateurs de toutes sortes et en particulier l’humain.
Pour les chatons nés de mère sociable dans un foyer et manipulés dès le plus jeune âge, la sociabilisation va se faire simplement. Entre 3 et 5 semaines, il faut particulièrement veiller à leur offrir régulièrement de nouvelles expériences. Le jeu et les câlins sont vos meilleures armes. C’est également pendant cette période, qu’il faut les socialiser en lui permettant de rencontrer d’autres chats ou d’autres espèces, en prenant évidemment toutes les précautions qui peuvent s’imposer en matière sanitaire et de sécurité. La curiosité sera votre principale alliée. Chaque nouvelle expérience devra cependant être préparée méticuleusement pour éviter les drames et les échecs. Pour éviter qu’ils ne soient craintifs avec les autres humains autres que vous, Il est également impératif de les habituer à rencontrer de nouvelles personnes régulièrement.
Pour les chatons sauvages de 5 semaines et plus, n’ayant jamais connu la main de l’homme, la stratégie à mettre en place pour les sociabiliser est tout autre… Bien sociabiliser n’est pas compliqué et est particulièrement valorisant, mais parfois décourageant quand tout ne se déroule pas aussi vite que souhaité. La clef d’une bonne sociabilisation en toute sécurité est le calme, la patience, le temps et une bonne organisation.

Combien de temps prend la sociabilisation d’un chaton sauvage ?

Plus le chaton est vieux, plus la sociabilisation sera longue.
On n’estime qu’il faut 15 jours à 3 semaines, pour sociabiliser un chaton sauvage de 6 semaines ; un mois pour un chaton sauvage de 8 semaines… Pour un chaton de 10 semaines, il faudra au minimum deux mois.
Lorsque le chaton est plus vieux (plus de deux mois et demi), la sociabilisation devient particulièrement difficile. Un chaton sorti de la rue, très tardivement, sera difficile à sociabiliser, restera craintif toute sa vie et sera donc difficilement adoptable. Les familles d’accueil en capacité de prendre en charge la sociabilisation de ces chatons âgés, sont particulièrement rares. Il n’est pas concevable de confier des chatons âgés sauvages à des familles inexpérimentées avec plusieurs enfants en bas âge par exemple. Quant aux refuges, peu d’entre-eux ont les moyens matériels et humains pour les prendre en charge. Beaucoup ne s’y risque pas, essentiellement pour des raisons sanitaires. L’avenir de ces chatons sauvages n’est donc pas particulièrement joyeux. En fourrière, ils seront bien souvent euthanasiés.
Il est parfois très difficile de faire comprendre aux bons samaritains « donneurs d’alerte », qu’il est trop tard pour les sortir de la rue. Pour les associations de protection animale, ces situations sont de véritables crève-cœur. Certes, il est possible de tenter la sociabilisation. Tous les chats ne réagissent pas de la même manière. Cependant, il faut confier ces chatons à des personnes expérimentées, qui sauront rapidement dire (dans les 10 à 15 jours qui suivent), si c’est possible ou pas de faire quelque chose pour eux. Mais, ces personnes sont rares. Le principe, ici, est de ne pas trop tarder, pour ne pas les rendre dépendant de l’humain, si la sociabilisation s’avère vite impossible.

L’isolement sanitaire avant toute chose

Quel que soit l’âge du ou des chatons que vous allez accueillir, l’isolement sanitaire est de rigueur. C’est également valable pour tout chat adulte, que vous accueillerez chez vous.
Cet isolement doit au minimum durer une bonne quinzaine de jours. Le chat accueilli ne doit avoir aucun contact pendant cette période avec vos propres chats. En effet, on n’est jamais à l’abri d’un typhus, d’une PIF, d’une teigne, d’un coryza…
Lorsque votre chaton ou fratrie de chatons sauvages arrivent à la maison. Installez les en cage de convalescence et laissez les tranquille les premières 24 à 48 h, le temps de l’acclimatation à ce nouvel environnement. Tout est nouveau pour eux… Les bruits d’une maison, l’intérieur d’une maison, la litière, le panier. Soyez conscient qu’ils changent de planète…
Les premiers jours d’un accueil doivent être mis à profit pour observer les chatons et détecter d’éventuels petits soucis de santé. Les selles sont notamment à surveiller de près. Selles molles ou diarrhées doivent être signalées rapidement…

S’organiser pour accueillir un chaton sauvage à sociabiliser ?

Ces conseils s’appliquent à des chatons de plus de 4 semaines. La plupart des conseils donnés ici s’appliquent également aux chats sociables et aux accueils d’adultes.
Dans un premier temps, il faut organiser l’espace de vie du ou des chatons sauvages.
L’installation en cage de convalescence (adaptée aux nombres de chatons) est indispensable. Plus l’espace sera réduit, plus la sociabilisation sera aisée. Certains chatons sont plus rétifs que d’autres et vont parfois freiner la sociabilisation de l’ensemble de la fratrie. Dans ces cas-là, lorsque vous identifiez le petit perturbateur, il est intéressant de le séparer des autres dans une cage différente.
Si vous n’avez pas de cage de convalescence, les chatons peuvent éventuellement être installés dans une petite pièce bien éclairée et aménagée pour la sociabilisation. Cette pièce doit être facile à nettoyer (pas de moquette, ni de tapis) et à désinfecter. Cette petite pièce doit être aménagée de manière à ce qu’il y ait aucune cachette inaccessible où le chaton pourrait se réfugier pour éviter le contact. Il faut donc dans ces pièces, enlever canapés et lits, bloquer les dessous et dessus des quelques meubles présents. La pièce doit être calme, accueillante. La température ambiante doit pouvoir être contrôlée. Cette pièce doit être sécurisée, en particulier portes et fenêtres, pour éviter que les chatons ne s’échappent ou les accidents.

Litière et Bac à litière
L’aménagement doit être bien pensé avec un nombre de litière adapté au nombre de chat. On va utiliser des bacs à litière ouverts au départ avec une litière minérale de type gravier. A ce stade, on n’évite les litières agglomérantes, végétale ou silice, pour des raisons sanitaires. Il est très difficile notamment de détecter une diarrhée avec une litière agglomérante. Vous devez prévoir une pelle à excréments exclusivement utilisée pour nettoyer les litières de vos chats en isolement. Il faut constamment veiller à la propreté des litières. Les litières seront nettoyées avec un détergent ménager et javellisées très régulièrement. En outre, la javel attirera les chatons dans le bac à litière. Pour cette même raison, on n’évitera donc de laver les sols de cette pièce avec de la javel.
L’introduction de bacs couverts (mais également d’autre type de litière) se fait bien plus tard et de manière progressive, en faisant coexister les deux types de bac, le temps que les chatons s’y habituent.

Le matériel de couchage
Privilégiez un matériel facile à nettoyer et à désinfecter comme des paniers en plastique. Evitez les paniers en osier ou en tissus non lavables lors des accueils pendant les premières semaines… Choisissez pour le couchage de vieilles serviettes de toilette, lavable à 90°. N’oubliez pas qu’en cas de typhus ou de PIF, tout le matériel qui ne pourra être lavé ou désinfecté sera à jeter, sans état d’âme.
Si vous installez un arbre à chat (à éviter dans les premières semaines d’un accueil), veillez à ce que sa taille, soit adaptée à des chatons. (Pas plus d’un mètre). Les pattes cassées chez les chatons, dans les familles d’accueil, liées à un arbre à chat sont loin d’être rares…

La zone de restauration et les jouets
Disposez la zone de restauration le plus loin possible des litières. La gamelle d’eau doit également se trouver à bonne distance des croquettes et de la nourriture humide. L’eau doit être changée deux fois par jour. Évitez les gamelles en plastique, qui donne un goût à l’eau. Préférez une céramique bien lourde et pas trop haute. Toutes les gamelles doivent être nettoyées au moins une fois par jour.
En fonction de l’âge des chatons (plus de 6 semaines), les premiers jours, ne donnez que des croquettes. Ça vous permettra de détecter les problèmes de selles molles ou de diarrhées.
Les croquettes doivent être à disposition tout au long de la journée. Par contre, pour les repas humides dans la journée, il vaut mieux utiliser de petites gamelles individuelles de manière à ce que chaque chaton puisse manger sa ration en toute tranquillité. Les repas sont à surveiller de près.
La mise à disposition de jouets est indispensable : petites balles, souris… Pas besoin de dépenser des fortunes. Un bouchon, une boule d’aluminium ou de papier peut faire l’affaire. Je n’ai pas dit non plus qu’on ne pouvait pas dépenser d’argent. Il faut bien se faire plaisir de temps en temps…

Sociabiliser au quotidien


Dans une journée, le temps à consacrer à la sociabilisation peut être important et en fonction de l’accueil, prendre plusieurs heures par jour, entre les tâches ménagères induites par l’accueil et le temps à consacrer en câlins, jeux et repas. Si vous ne disposez pas de ce temps libre, ne vous lancez pas ! L’expérience peut vite s’avérer désastreuse et le temps perdu sera difficile à rattraper pour ceux qui prendront le relais.
C’est la même chose, si vous recevez peu chez vous, vous ne permettrez pas une bonne socialisation des chatons (même pour les chatons sociables). Les chatons resteront craintifs et fuiront dès qu’un étranger arrivera chez vous.
Evidemment, ça complique les choses au moment de l’adoption !

Passons à la pratique

Votre chaton (ou fratrie de chatons) est arrivé depuis 24 à 48 h. Vous avez commencé à les observer et vous allez les voir fréquemment. Pensez à vous laver les mains avant d’aller les voir (et après être sorti de la pièce, pour des raisons sanitaires). Ils peuvent aussi avoir peur des odeurs inconnus.
Si vous avez une fratrie de chatons, observez-les pour évaluer leur niveau de stress et le travail de sociabilisation :

  • Le chaton peureux : Est-il simplement apeuré, timide ? A-t-il juste besoin d’être rassuré ? Dans ce cas, il ne montre aucune agressivité. Il reste prostré dans un coin… Cependant, on peut arriver à les caresser. Le chaton craintif, qui a besoin de se rassurer, va rester prostré dans la litière. L’odeur le rassure.
  • Le chaton craintif : Beaucoup plus difficile à approcher, il feule et grogne. Il refuse le contact. Cependant, il n’est pas agressif.
  • Le chaton agressif : Le niveau de stress est au maximum. A la moindre tentative, il va vous mordre, vous griffer et va chercher à s’échapper de la cage. Ne tentez rien. Ne le brusquez pas. Un geste trop brusque peut le braquer définitivement.

En fonction de ce que vous constatez, vous pouvez être amené à les séparer. Deux chatons particulièrement agressifs dans une même cage peuvent entretenir leur stress. Par contre, un chat très craintif finira par s’ennuyer tout seul dans sa cage. Il finira donc par créer des liens avec vous et sera plus vite disposé à évoluer. De la même manière, un chaton plus confiant pourra amener les autres chatons à prendre confiance.

Fréquences des visites

Vous devez bien les observer mais les chatons doivent aussi avoir le loisir de vous observer pour vous évaluer. Plus vous passerez de temps avec eux, plus la sociabilisation sera rapide. Vous pouvez vous installer dans la pièce où se trouve la cage de convalescence pour travailler, lire… Ils doivent s’habituer à vous. Vous pouvez aussi mettre dans la cage de convalescence, l’un de vos vêtements avec votre odeur, pour faciliter le contact.
Il faut leur parler doucement et calmement à chaque visite. Faites-leur sentir votre main, en présentant votre main par le bas. (Ne jamais approcher votre main par le haut). S’il ne recule pas, vous pouvez tenter une petite caresse… Si ce n’est pas le cas, restez en-là ! Vous y reviendrez plus tard.
Le Féliway ou le Petscool peuvent vous être d’une aide précieuse. Vous pouvez également frotter vos mains avec de l’herbe à chat, avant de les approcher.
Guettez les signes de stress : oreilles couchées, feulement, menaces, pupilles dilatées, regard fixe, coup de patte. Ces signes doivent vous alerter et vous inciter à cesser votre tentative d’approche.

Prendre contact

La nourriture et le jeu seront vos principales alliées.

Le jeu

Évitez de jouer avec vos mains (valable aussi pour les chatons sociables).
Procurez-vous une canne à pêche ou un plumeau, pour jouer à distance, les premiers temps… On commence par des petites séances de jeu (5 à 10 mm), en observant bien les réactions, plusieurs fois par jour. On ne brusque pas les choses. Au fur et à mesure, avec le plumeau, on peut commencer à caresser le chat, à le toucher. S’il a un mouvement de recul, on n’arrête, on recommencera plus tard.

La nourriture

A chaque visite, offrez-lui une friandise (un morceau de jambon, de poulet, des friandises, etc…). Au départ, on pose la friandise devant lui. Au fur et à mesure, on n’essaie de lui faire prendre dans la main. Ce petit rituel va permettre au chaton d’assimiler vos visites à quelque chose d’agréable, de positif. Quand il aura vraiment commencé à prendre confiance, les repas seront également les moments à privilégier pour le caresser. Vous devez donc vous rendre disponible pour rester avec eux pendant les repas

Savoir faire preuve de patience :

Il ne faut jamais brûler les étapes. Voici les erreurs à ne pas commettre :
• Les gestes brusques qui montrent votre peur,
• Les caresses trop rapidement,
• Prendre un chaton dans ses bras, alors qu’il est encore très réticent,
• Le libérer de la cage de convalescence alors qu’il n’accepte pas d’être manipulé correctement.
Toutes ces petites erreurs peuvent le faire régresser.


Voici les différents signes qui peuvent par contre vous indiquer une évolution :
• Il est calme et ne bouge plus quand vous êtes là…
• il se met sur les flancs pour attendre une caresse,
• il s’intéresse à ce que vous faites,
• il cligne des yeux,
• il ronronne,
• il cherche le contact, sans vous fuir.

Quand vous pourrez le manipuler aisément, vous pourrez envisager de le libérer de la cage de convalescence.

Le cas particulier du chat très craintif +++ :

Parfois, toutes ces étapes ne fonctionnent pas sur l’un ou l’autre des chatons de la fratrie. Il faut le séparer des autres et l’isoler seul dans une cage de convalescence. Il faut parfois être plus ferme et forcer le destin. On peut envisager de le saisir délicatement à la nuque comme le font les mamans chats, l’enrouler dans un plaid en laissant sortir sa tête. Il ne faut pas le brusquer pour autant.
Corps immobilisé, vous le prenez dans vos bras, vous lui caressez la tête en lui parlant pour le rassurer, de manière à lui montrer que vous ne lui voulez aucun mal. Gardez le sur vous quelques minutes, puis libérez-le. Recommencez l’opération plusieurs fois par jour

Une réflexion sur “La sociabilisation des chatons sauvages

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